Chère E.,
Mercredi rendez-vous à Limoges dans le vieux quartier. La belle inconnue me dit être si timide que je ne la "prends" pas ce soir, elle n'osera plus recommencer. Les jours précédents, elle m'a conté ses attentes et ses espoirs de devenir celle qui la hante depuis toute petite!
Elle a joint à ses propos une vidéo où l'on voit une jeune femme attachée se faire initier à la sodomie. Étonnamment le film est très beau, et se démarque de tout ce que j'ai pu voir jusque là. J'avoue même ignorer s'il a été mis en scène ou si il est vrai tant la demoiselle y a l'air sincère et juste. Lui est très jeune et pourtant il ne cherche pas à se glorifier ou à signifier sa position de dominant. Tout le temps de la scène, il demeure très à l'écoute de celle qu'il initie et mêle avec beaucoup de maîtrise tendresse et fermeté.
La belle inconnue me dit lire et relire mon annonce chaque jour pour se donner courage et je ne tente pas trop de la questionner tant elle semble prise dans ce vertige où la timidité confine à l'angoisse. Je lui dis juste que je serai là à 16h30, en terrasse du bar l'Irlandais.
La suite chère E. eut été délectable mais hélas elle n'est pas venue et s'est murée dans le silence depuis. "Pas venue", je ne suis pas sûr puisqu'à l'heure dite une jeune femme qui présentait ses caractéristiques (mais sans porter de "rouge" comme il avait été convenu) passa devant le café. Elle se promenait en touriste et prenait des photos des vieilles maisons et de l'église. Etait-ce elle? Si oui, l'idée de la touriste était bien vue. Mais je crains que ce soit mon imaginaire qui refusant le "non-lieu" se soit mis à quêter chez cette jeune femme le moindre geste qui la dénoncerait...
 Je pensais en rentrant qu'internet ne sert pas le réel mais le fantasme, qu'en fait il permet aux gens de s'imaginer une vie qu'ils ne peuvent atteindre, et que rares sont celles qui comme vous en sont averties dès le départ. La plupart pense vraiment être ce que leur pseudo suggère mais quand vient l'heure de la représentation, il n'y a personne, juste le relent d'un mensonge que la personne aura aimé entretenir avec elle-même.
Bleu du ciel ce matin
Je regarde le champ d'herbe blanchi de rosée
pense à vos petites fesses rougies de la badine d'un rêve
souris à l'idée de vous entendre murmure un jour
"oui monsieur"